L'internationalisation des entreprises : une analyse microéconomique de la mondialisation

Matthieu Daniel CROZET, Lionel FONTAGNÉ

Research output: Journal PublicationsJournal Article (refereed)Researchpeer-review

Abstract

L'accroissement des échanges internationaux de biens, et à un moindre degré de services, est sans aucun doute l'un des bouleversements majeurs qui ont marqué l'économie mondiale au cours des dernières décennies. Le ratio des échanges internationaux de biens et services au PIB mondial, tel qu'enregistré par les balances de paiements, dépasse aujourd'hui nettement les 30 %, alors qu'il était inférieur à 13 % au début des années 1970. Encore s'agit-il d'une vision restrictive du phénomène, notamment dans la mesure où la production et la vente sur place des filiales à l'étranger n'est pas comptabilisée en balance des paiements. Ainsi, la mondialisation est un phénomène macroéconomique si visible qu'on l'imagine partout, et s'imposant à tous. Or, les données microéconomiques renvoient une image plus nuancée de la réalité. L'analyse de données microéconomiques de commerce international fait ressortir quelques régularités statistiques originales : dans tous les pays du monde, développés ou émergents, la proportion d'entreprises directement engagées dans une relation internationale est très fortement minoritaire. Elle dépasse rarement les 20 %. De plus, la plupart des exportateurs n'ont qu'une présence extrêmement limitée sur les marchés mondiaux, en n'étant actifs que sur quelques marchés, voisins de leur pays d'origine (plus de 40 % des exportateurs français, par exemple, ne desservent qu'une seule destination). Ceci nous rappelle avec force une évidence : même si la mondialisation est un phénomène macroéconomique majeur, même si les économistes et les décideurs politiques ont pris l’habitude d’aborder les questions de compétitivité sous l’angle d’une competition entre nations, ce ne sont pas les pays qui commercent entre eux, mais bien les entreprises. En s’appuyant sur des outils théoriques nouveaux, et des données individuelles originales, les développements récents de la recherche en économie internationale rétablissent l’équilibre, en laissant plus de place à l’analyse microéconomique de la mondialisation.
Original languageFrench
Pages (from-to)3-12
Number of pages10
JournalÉconomie et Statistique
Issue number435-436
Publication statusPublished - 1 Mar 2011
Externally publishedYes

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L'internationalisation des entreprises : une analyse microéconomique de la mondialisation. / CROZET, Matthieu Daniel; FONTAGNÉ, Lionel.

In: Économie et Statistique, No. 435-436, 01.03.2011, p. 3-12.

Research output: Journal PublicationsJournal Article (refereed)Researchpeer-review

TY - JOUR

T1 - L'internationalisation des entreprises : une analyse microéconomique de la mondialisation

AU - CROZET, Matthieu Daniel

AU - FONTAGNÉ, Lionel

PY - 2011/3/1

Y1 - 2011/3/1

N2 - L'accroissement des échanges internationaux de biens, et à un moindre degré de services, est sans aucun doute l'un des bouleversements majeurs qui ont marqué l'économie mondiale au cours des dernières décennies. Le ratio des échanges internationaux de biens et services au PIB mondial, tel qu'enregistré par les balances de paiements, dépasse aujourd'hui nettement les 30 %, alors qu'il était inférieur à 13 % au début des années 1970. Encore s'agit-il d'une vision restrictive du phénomène, notamment dans la mesure où la production et la vente sur place des filiales à l'étranger n'est pas comptabilisée en balance des paiements. Ainsi, la mondialisation est un phénomène macroéconomique si visible qu'on l'imagine partout, et s'imposant à tous. Or, les données microéconomiques renvoient une image plus nuancée de la réalité. L'analyse de données microéconomiques de commerce international fait ressortir quelques régularités statistiques originales : dans tous les pays du monde, développés ou émergents, la proportion d'entreprises directement engagées dans une relation internationale est très fortement minoritaire. Elle dépasse rarement les 20 %. De plus, la plupart des exportateurs n'ont qu'une présence extrêmement limitée sur les marchés mondiaux, en n'étant actifs que sur quelques marchés, voisins de leur pays d'origine (plus de 40 % des exportateurs français, par exemple, ne desservent qu'une seule destination). Ceci nous rappelle avec force une évidence : même si la mondialisation est un phénomène macroéconomique majeur, même si les économistes et les décideurs politiques ont pris l’habitude d’aborder les questions de compétitivité sous l’angle d’une competition entre nations, ce ne sont pas les pays qui commercent entre eux, mais bien les entreprises. En s’appuyant sur des outils théoriques nouveaux, et des données individuelles originales, les développements récents de la recherche en économie internationale rétablissent l’équilibre, en laissant plus de place à l’analyse microéconomique de la mondialisation.

AB - L'accroissement des échanges internationaux de biens, et à un moindre degré de services, est sans aucun doute l'un des bouleversements majeurs qui ont marqué l'économie mondiale au cours des dernières décennies. Le ratio des échanges internationaux de biens et services au PIB mondial, tel qu'enregistré par les balances de paiements, dépasse aujourd'hui nettement les 30 %, alors qu'il était inférieur à 13 % au début des années 1970. Encore s'agit-il d'une vision restrictive du phénomène, notamment dans la mesure où la production et la vente sur place des filiales à l'étranger n'est pas comptabilisée en balance des paiements. Ainsi, la mondialisation est un phénomène macroéconomique si visible qu'on l'imagine partout, et s'imposant à tous. Or, les données microéconomiques renvoient une image plus nuancée de la réalité. L'analyse de données microéconomiques de commerce international fait ressortir quelques régularités statistiques originales : dans tous les pays du monde, développés ou émergents, la proportion d'entreprises directement engagées dans une relation internationale est très fortement minoritaire. Elle dépasse rarement les 20 %. De plus, la plupart des exportateurs n'ont qu'une présence extrêmement limitée sur les marchés mondiaux, en n'étant actifs que sur quelques marchés, voisins de leur pays d'origine (plus de 40 % des exportateurs français, par exemple, ne desservent qu'une seule destination). Ceci nous rappelle avec force une évidence : même si la mondialisation est un phénomène macroéconomique majeur, même si les économistes et les décideurs politiques ont pris l’habitude d’aborder les questions de compétitivité sous l’angle d’une competition entre nations, ce ne sont pas les pays qui commercent entre eux, mais bien les entreprises. En s’appuyant sur des outils théoriques nouveaux, et des données individuelles originales, les développements récents de la recherche en économie internationale rétablissent l’équilibre, en laissant plus de place à l’analyse microéconomique de la mondialisation.

UR - http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ES435A.pdf

UR - http://commons.ln.edu.hk/sw_master/5982

M3 - Journal Article (refereed)

SP - 3

EP - 12

JO - Economie et Statistique

JF - Economie et Statistique

SN - 0336-1454

IS - 435-436

ER -